Partie de chasse est une série reliée au quotidien : ces petits corps que ma chatte ramène au cœur du foyer. J’ai alors pris à la lettre l’expression de « nature morte ». Depuis des siècles, la peinture a sacralisé le gibier, la venaison, les trophées suspendus : autant de représentations rassurantes d’une nature vaincue, maîtrisée, offerte au regard humain. J’inscris ma série dans cette longue tradition. Pourtant, ici, rien ne donne vraiment envie, rien n’est célébré : tout se joue à l’échelle intime, presque clandestine. Ces dépouilles ne sont pas des trophées glorifiés. Elles sont des fragments d’existence arrachés au rythme du monde, fétichisés non pour leur prestige mais pour leur capacité à troubler. Elles se situent dans un entre-deux : entre le jeu de l’animal et mon propre geste, qui leur répond. La chatte joue avec ses proies ; je joue malgré moi avec la composition de l’image, les formes, la saisonnalité aussi.

Ce travail interroge également ce qui demeure de sauvage dans nos intérieurs ordonnés. Il questionne la part de prédation que nous portons encore. La violence n’y est pas spectaculaire, elle est quotidienne, nue, et c’est précisément cette banalité qui appelle un regard. En composant ces tableaux fugitifs, je cherche moins à représenter la mort qu’à révéler ce qui insiste sous la forme : une résistance du vivant, une tension entre l’instinct et l’habitude, un rappel que la frontière entre le domestique et le sauvage, est toujours plus fragile qu’on ne veut le croire. La nature morte, ici, n’est qu’un point de départ. Elle devient le lieu où l’image se retourne contre son propre héritage, pour dire ce qui, malgré tout, persiste.

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